Battlefield 3 : Interview d’un soldat ingénieur – Partie 1

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Dans le monde du jeu vidéo on peut avoir la chance d’interviewer les faiseurs de rêves, ceux qui sont aux commandes de nos softs préférés comme les développeurs ou les grands créateurs de renom. Mais il y a des rencontres qui se font beaucoup plus rares de par leur caractère exceptionnel.

Il y a deux semaines Gamerside.fr a eu l’immense plaisir d’aller à la rencontre de Reginald Paul Gatling pour partager un moment unique. Cet homme vous ne le connaissez surement pas, pourtant vous l’avez peut être déjà croisé à de nombreuses reprises. Oui, car ce brave monsieur a occupé pendant presque deux ans le poste de Soldat Ingénieur sur le très populaire Battlefield 3.

Histoire d’une rencontre…

Après quelques heures passées sur les routes de campagne nous arrivons enfin à Cock Peak, petite bourgade au nord du Montana. La maison de Reginald se situant sur les hauteurs, notre Jeep doit emprunter un petit chemin de terre sur quelques centaines de mètres. Après avoir évité la mort de justesse à cause de la présence d’une mine antichar qui trainait par là, nous arrivons enfin à destination.

C’est un homme à l’air fatigué mais souriant qui nous accueille. Après de rapides présentations nous nous installons tranquillement sur un grand canapé pendant que le feu de cheminé crépite dans un salon à l’ambiance feutré.

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GAMERSIDE : Bonjour Reginald, vous rentrez tout juste de votre toute dernière mission, comment vous sentez vous?

R.P.G. : Pour tout vous dire je suis éreinté. Je suis rentré il y a une semaine de la Tour Ziba. Même si c’était mon dernier contrat, c’était une bataille très dure. Quand vous bossez sur Close Quarters votre corps est mis à rude épreuve, tout va très vite et il est très difficile de récupérer après ça.

GAMERSIDE : Oui c’est vrai que ça a l’air assez intense..

R.P.G.: Je ne vous le fait pas dire! D’autant que là, on a pris une vraie branlée, j’ai terminé la bataille avec 11 victimes pour 34 morts, c’était moche, j’étais vidé, souillé, il était vraiment temps que je me retire.

GAMERSIDE : Parlez nous de votre embauche, comment en êtes vous arrivé à bosser sur Battlefield 3.

R.P.G. : C’est mon ami Diamond, qui avait été pris comme Soldat Assaut qui m’a appelé. Il m’a dit qu’ils cherchaient des gars motivés, qu’on allait voir du pays et que c’était plutôt bien payé. A ce moment là je bossais comme technicien de surface sur le multijoueurs de Dead Space 2, c’était glauque et on ne croisait personne. Du coup j’ai demandé à EA de me muter sur Battlefield 3 et ils ont dit oui.

GAMERSIDE : Le multi de Dead Space 2, ça devait être particulier…

R.P.G. : C’était l’horreur. Les necromorphes sont des mecs bizarres et puis les gars en combinaisons d’ingénieur ne parlaient jamais, l’angoisse quoi. Et honnêtement, ramasser des membres découpés toute la journée c’était pas fait pour moi.

« […]j’ai pu voir des endroits superbes comme Paris[…] »

GAMERSIDE : Racontez nous la vie d’un homme comme vous sur Battlefield 3.

R.P.G. : C’était une expérience à la fois formidable et difficile. Comme je le disais on voyage beaucoup, j’ai pu voir des endroits superbes comme Paris ou l’Ile le Wake, le Palais d’Azadi était superbe avant qu’on ne fasse tout péter. Je me suis fait pas mal de potes aussi, il y avait un vrai esprit de camaraderie avec certains mecs et quand on avait un jour de repos on en profitait pour aller décompresser tous ensemble.

GAMERSIDE : C’est à dire?

R.P.G. : Faire des trucs pour se vider là tête. Par exemple, sauter en parachute au Pic de Damavand ou se baigner sur les plages du Golf d’Oman quand c’était calme. Parfois c’était simplement faire sauter des véhicules, faire des courses de chars. Le plus drôle était d’essayer de cramer le cul des autres avec un chalumeau ou un robot Nem, des choses simples quoi.

GAMERSIDE : Je suppose qu’en dehors de ces moments là le job ne devait pas être de tout repos.

R.P.G. : Putain je vous le fait pas dire! Déjà il y a un aspect que le grand public ne connait que trop peu, c’était la gestion des populations. Dans des endroits comme la Frontière Caspienne ou les Montagnes d’Alborz ça allait, hormis quelques ploucs un peu perdus, mais à Paris ou Téhéran il y avait des gens vraiment pas contents que l’on casse tout.

Je me souviens d’un couple de parisiens qui venaient tout le temps nous insulter parce qu’on avait réquisitionné leur station de métro. Apparemment ça les faisait marcher deux minutes de plus tous les jours pour aller au boulot. Je les comprenais, c’était dur pour eux, mais on avait un job à faire et on avait les autorisations du gouvernement.

GAMERSIDE : La vie de soldat, physiquement et moralement ça devait être une sacrée épreuve non ?

R.P.G. : Le truc c’est que quand tu t’embarques dans ce genre de job il faut savoir à quoi s’attendre. Pour Battlefield 3 en dehors des jours de congés on était de garde 24H sur 24H, il fallait être prêt. Je peux te le dire, j’en ai chié.

GAMERSIDE : Je suppose que le plus dur c’était de mourir non?

R.P.G. : En fait non. Quand tu bosses dans un jeu vidéo tu as ce truc génial qui s’appelle le respawn, du moins quand tu réapparais au bon endroit. Après je ne dis pas que c’est facile hein, ça fait mal mais à la longue on s’endurcit et de toute façon ça fait partie du métier.

Le plus compliqué c’était de tenir la cadence physiquement, sur Close Quarters tu courrais tout le temps, tu étais chargé d’adrénaline et quand ça se terminait la pression retombait d’un coup, tu finissais lessivé.

« […]il fallait souvent tout se taper à pied[…] »

GAMERSIDE : On a entendu dire que Bandar vous mettait pas mal à l’épreuve dans le genre.

R.P.G. : Quand on nous a dit qu’on allait bosser là bas, on était heureux, le cadre était joli, il faisait beau en permanence et c’était super vaste. Le problème c’est que quand il n’y avait plus de véhicules disponibles il fallait souvent tout se taper à pied (ndlr: Reginald était affecté aux versions consoles). C’était horrible, on a eu plein de gars qui ont fini déshydratés ou abattus seuls et sans défense par un hélico qui passait par là.

Si j’insiste sur ce point c’est pour que les gens comprennent dans quel état physique on pouvait être. C’était d’ailleurs pour ça que souvent on arrivait pas à sauter par dessus un caillou et qu’une simple barrière pouvait devenir un danger sur les missions suivantes… Putain le nombre de balles que j’ai pu prendre parce que je n’arrivais pas à enjamber un obstacle…

GAMERSIDE : Et puis il y a eu l’affaire des serveurs dédiés et du nombre de tickets qui en ont rajouté une couche…

R.P.G. : Ouais, ça a été un beau bordel. En fait ils nous ont prévenu un peu à la dernière minute. On était pas forcement contre les heures supplémentaires tu sais, de toute façon on était de garde. Mais quand les premières parties à 1750 tickets ont commencé ça a été la boucherie. Il y a beaucoup de gars qui sont partis à ce moment là et qui retournaient sur les anciens serveurs, c’était devenu vraiment long et bien dur pour tout le monde et certains n’ont juste pas supporté.

GAMERSIDE : D’autant que vous avez du faire face à une épidémie de Freeze.

R.P.G. : Il n’y avait pas de vaccin pour ça. On savait que ça pouvait tomber sur n’importe qui. Moi j’ai eu de la chance ça ne m’est jamais arrivé, mais je connais des gars qui l’ont chopé dans la dernière minute d’une bataille à 1750 tickets. Moralement c’est compliqué de s’en remettre, beaucoup sont allés voir un psy, mais c’était un risque qu’on connaissait tous.

GAMERSIDE : Est ce qu’il y a déjà eu des bavures, je veux dire des dommages collatéraux?

R.P.G. : A ce niveau là on assuré globalement, on était très bien entouré et assurés. Il y a quand même eu cet incident malheureux à Paris. Denis, un des nouveaux français de la section soutien à l’époque, était parti acheter une baguette pendant une pause déjeuné. En sortant le pauvre à laissé tomber une claymore devant la porte, trois minutes plus tard une sexagénaire et son shiatsu ont marché dessus… ça nous a fait un choc.

GAMERSIDE : Qu’est il arrivé à Denis ?

R.P.G. : Par la suite il a été envoyé chez THQ et on a plus entendu parler de lui, à vrai dire je n’ai pas trop envie d’en parler.

L’évocation de l’histoire de son ancien collègue l’ayant apparemment un peu secoué, nous décidons de faire une petite pause. Ce petit moment de détente nous aura permis de rencontrer Claytus, un étrange voisin, portant habilement salopette, chemise à carreaux et casquette Texaco, qui, accompagné de sa femme (qui semblait être aussi sa sœur) est venu apporter une caisse dont le contenu restera bien mystérieux.
Autour de quelques verres nous avons échangé sur la beauté des armes à feu , de la gnôle artisanale et du rodéo, puis nous avons entamé la dernière partie de notre entretien. L’ambiance était de nouveau au beau fixe.
Suite et fin de cette interview ici.
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@StephNoMore

4 commentaires

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    T’as de la chance de l’avoir rencontré ! De mon côté j’avais demandé à un Soutien de faire une ITW mais il était trop occupé à coller l’arrière train de ses collègues :/

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