[Test] Jotun – Méritez-vous votre place au Valhalla ?

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Dans la jungle des campagnes Kickstarter brassant des millions et accueillant Chris Avellone, il y a aussi des campagnes plus discrètes, moins demandeuses, et pourtant pas moins intéressantes. C’est ainsi qu’en Juillet 2014, William Dubé lance une campagne pour un jeu d’action/exploration entièrement dessiné et animé à la main, ayant pour contexte la mythologie nordique. Financement réussi, Greenlight obtenu sur Steam en à peine une semaine, l’équipe québécoise de Thunder Lotus Games peut se lancer dans l’aventure. Un an et quelques mois plus tard, leur premier bébé est arrivé: Jotun est là, et vous ouvre les portes du Valhalla.
Une Viking qui a du Stihl

Vous incarnez Thora, guerrière Viking qui n’a pas eu l’honneur de tomber au combat, mais a perdu la vie dans les océans à la suite d’une tempête. Mourir comme ça, c’est quand même un peu la honte. Mais les Dieux c’est pas des putes: Odin lui-même offre à Thora une seconde chance: si elle veut rejoindre le Valhalla, elle devra prouver sa valeur en venant à bout des Jotuns, d’anciens géants errants dans les Royaumes du Ginungagap. Vous l’aurez compris, Jotun est ancré dans la mythologie nordique, et c’est une véritable force. Chaque niveau est l’occasion pour le jeu de mettre en avant une histoire, un lieu ou des personnages mythologiques, renforçant l’ambiance générale très réussie du titre. Les voix du jeu sont d’ailleurs uniquement disponibles en islandais (comme on l’entend dans le trailer), et ce choix se révèle être payant. Autre choix couillu et qui contribue grandement à l’identité de Jotun, la direction artistique. Entièrement dessiné et animé à la main, le jeu tire son influence des dessins-animés et films Disney des années 80-90, offrant une large palette de couleur et des mouvements très amples (rien que ces quelques secondes tuent la gueule). Enfin, un petit mot sur la musique: les compositions de Maxime Lacoste-Lebuis savent allier des musiques d’ambiances pour l’exploration et l’épique pour les combats de boss, avec des thèmes sauvages correspondant au boss en question. L’enrobage de Jotun, autant sonore que visuel, est un vrai tour de force. Le jeu réussi à s’ancrer dans la mythologie nordique en s’offrant une identité propre et singulière.

Chaque niveau de Jotun abrite des panoramas vertigineux

Chaque niveau de Jotun abrite des panoramas vertigineux

Mind the Ginungagap

Bon, c’est bien joli tout ça, mais concrètement on fait quoi dans Jotun ? Ça se joue comment ? Quelle dose de moutarde faut-il mettre dans sa vinaigrette ? Du calme, cher lecteur, ne soit pas pressé, toutes tes questions vont trouver réponse. Le but de Jotun est donc de battre 5 Jotun, ce qui fait 5 Royaumes à thème, abritant au total 9 niveaux (2 niveaux par Royaume, sauf pour le premier). On accède à chacun de ces niveaux via le Ginungagap, qui sert de HUB au jeu. Si l’on peut aller d’un niveau à l’autre à l’envie, le jeu vous indique quand même vers où vous diriger de préférence, afin de respecter la courbe de progression et de difficulté. Car au fil de son aventure, notre Thora aura l’occasion d’évoluer: si le but de chaque niveau est de trouver une rune permettant d’accéder au combat contre le Jotun, ils ont d’autres secrets à découvrir. On y trouvera ainsi des Autels dédiés à différents Dieux Nordiques, qui doteront Thora de pouvoirs qui se révéleront très utiles contre les Jotun. On aura ainsi accès, entre autres, à un sprint améliorant votre vitesse d’attaque, un bouclier temporaire, ou encore un leurre permettant d’aggro les ennemis et pièges. On trouvera également dans chaque niveau une pomme d’Ithunn qui rallongera notre barre de vie. Là aussi, il serait dommage de passer à côté, quelques HP pouvant faire la différence. Les runes et les autels sont indiqués sur la carte du niveau, visible dès le Ginungagap et dans le menu pause, mais il faudra se débrouiller tout seul pour trouver la pomme d’Ithunn en explorant et observant les niveaux.

Le Ginungagap, avec l'accès au différents niveaux, ainsi que leur map

Le Ginungagap, avec l’accès au différents niveaux, ainsi que leur map

L’exploration, qui représente une grande partie de Jotun, n’est malheureusement pas toujours exemplaire. Les niveaux sont au final assez linéaires, et l’exploration se résumera à trouver le bon chemin et éviter les dangers qui sont mis sur notre route. Ces dangers, qui peuvent être naturels (blizzard, plantes empoisonnées, chutes de rochers, …) ou personnalisés (armée de nain vous prenant d’assaut, oiseau géant cherchant à vous attraper dans ses serres, …), pimenteront le niveau et, surtout, vous entraîneront. En effet, vous retrouverez ces mêmes dangers lors du combat contre le Jotun du Royaume correspondant à ces niveaux, et vous serez bien contents d’avoir eu le temps d’apprendre à connaitre ces patterns. De même, les pouvoirs débloqués dans les Autels seront particulièrement utiles lors de ce combat. A croire que les mecs de Thunder Lotus Games savent ce qu’ils font. On pourra quand même pester contre la vitesse de déplacement de Thora, assez lente, ce qui peut être frustrant quand on retourne explorer un niveau parce qu’on a raté l’Autel ou la pomme d’Ithunn. Les différents niveaux sont au final assez inégaux: certains offriront de très beaux moments, et on y progressera naturellement et avec fluidité, tandis que d’autres pourront mettre à mal votre patience si vous comptez ne rien laisser derrière vous. On notera tout de même un caméra bien plus docile que lors de l’alpha, celle-ci ayant désormais une agréable tendance à s’éloigner de Thora afin de mettre en valeur les points d’intérêt du niveau. On retrouve par contre ce qui m’avait particulièrement séduit lors de cette preview: les décors fourmillent d’éléments qui nous aident dans notre exploration. Même si on peut avoir la sensation d’être perdu, notre environnement est rempli d’indications intégrées naturellement au décor, nous donnant des pistes sur la marche à suivre et sur les dangers qui nous attendent. Un peu à la manière des jeux From Software, Jotun trouve le moyen de nous guider de manière intelligente et non-intrusive, en nous laissant le soin de comprendre et d’interpréter ces éléments d’aide. Au final, et malgré quelques imperfections, cette exploration est valorisante, et a un véritable intérêt pour appréhender le combat qui nous attend.

Vethrfolnir and the Nameless Eagle

Vous n’êtes pas la bienvenue ici, et Vethrfolnir vous le fera savoir

L’Odin la joie

Mais la vraie promesse de Jotun, celle qui donne son titre au jeu, c’est les combats contre les boss. Et je vais aller dans le vif du sujet: chacun d’eux est une franche réussite. Ils ne sont certes que 6 (5 Jotun et un boss final mystère), mais chacun d’eux offre un combat intense, à la mise en scène épique. Évidemment, les musiques et l’échelle des combats contribuent grandement à cette mise en scène. Les combats en eux-mêmes n’ont pourtant rien de révolutionnaire: chaque boss a ses propres patterns, et deux phases bien distinctes: une première assez facile (même si on pourra quand même subir de lourds dégâts), qui a un rôle d’introduction et d’entrainement, et une deuxième phase bien plus difficile, où notre adversaire passe aux choses sérieuses. La grande force des ces combats, c’est que chacun a une vraie ambiance qui lui est propre, via l’environnement et la musique, et même via ses patterns. On a véritablement affaire à un Titan de feu, de glace ou de foudre, et chaque coup de hache qu’on pourra lui asséner est une petite victoire, malgré le faible impact que cela a sur sa barre de vie. Chaque combat peut sembler impossible de prime abord, mais une fois chaque pattern compris, et en utilisant avec sagesse et parcimonie nos pouvoirs, on finira toujours par triompher, les mains tremblotantes, le cœur battant la chamade. D’ailleurs, à la fin de chaque combat, notre retour au Ginungagap s’accompagne d’un morceau de l’histoire de Thora, nous permettant de mieux cerner notre guerrière Viking. Un petit plus de narration, qui sera une occasion supplémentaire de profiter du doublage islandais.

Oui, c'est ma barre de vie en haut à gauche. Oui, je viens de finir ce combat. Pfiou.

Oui, c’est ma barre de vie en haut à gauche. Oui, je viens de finir ce combat. Pfiou.

Valhalla bonne heure

Si Jotun n’est pas parfait, la faute à une exploration pas toujours maitrisée, il répond présent là où on l’attendait. Véritable réussite visuelle et sonore, Jotun livre des combats de boss épiques et intenses dans une ambiance de mythologie Nordique maîtrisée. Au vu du résultat, je ne peux qu’être heureux que William Dubé ait quitté son job où il était condamné à faire des match-3 sur mobile. Son équipe de Thunder Lotus Game a réussi un premier jeu à l’enrobage maitrisé, et offrant d’excellents sensations manette en main lors des combats. 

1 cuillère à café de moutarde pour 2 cuillères à soupe de vinaigre et 3 cuillères à soupe d’huile d’olive.

 

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Dehell

Si j'étais un animal, je serais une chouquette. ID Steam : Daminou Dehell / Twitter : @DaminouDehell

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