Firewatch, l’école de l’écriture

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J’me présente, je m’appelle Henry. J’voudrais bien réussir ma vie. Malheureusement, en ce moment c’est un peu la merde: ma femme, Julia, souffre d’une maladie neurodégénérative. Elle ne me reconnait même plus quand elle me voit. Pendant qu’elle est chez sa famille, en Australie, j’ai décidé d’accepter un poste de garde-forestier dans le parc naturel de Shoshana, au Wyoming. J’espère pouvoir m’échapper un peu, un peu d’air frais et d’aventure ne devrait pas me faire de mal.

Je suis passé chez Shoshana

Firewatch raconte donc l’histoire de Henry, qui doit faire face à la maladie de sa femme. L’introduction du jeu sert parfaitement à poser cette base scénaristique: via une séquence sous forme de jeu textuel, vous découvrez des moments phares de votre relation avec Julia. Vous avec des choix à faire, mais ceux-ci n’auront au final pas de grandes conséquences (on y reviendra plus tard). L’intérêt est surtout de présenter Henry, sa relation avec Julia que vous pourrez tout de même un peu façonner selon vos envies, et surtout la façon dont le couple fait face à la maladie de Julia. Cette introduction textuelle est entrecoupée de séquences de jeu où on voit Henry s’enfoncer dans la forêt pour rejoindre son poste: une tour surplombant le parc naturel de Shoshana. C’est dans cette tour qu’Henry fera la connaissance, via talkie-walkie de Deililah: sa boss qui reste elle aussi cloîtrée dans une tour d’observation, à l’autre bout du parc naturel.

Just the two of us

Firewatch-Tour

Ce talkie-walkie est au cœur de Firewatch et de son gameplay: c’est par ce biais que l’on dialoguera avec Delilah, qui constitue notre seule compagnie. Je rappelle en effet qu’on s’est engagé pour passer quelques mois isolés dans cette forêt. L’isolement est d’autant plus fort que le jeu a la bonne idée de se dérouler durant la fin des années 1980, non pas pour se gaver de références pop-culture mais simplement pour se débarrasser de toute technologie moderne qui rendrait cette isolation caduque. Notre talkie-walkie est donc notre seule chance d’avoir un contact humain, en dialoguant avec Delilah. Si c’est parfois elle qui entamera la conversation, c’est souvent vous qui avez le choix de la contacter, pour partager avec elle vos découvertes.

Ces dialogues constituent indéniablement l’une des principales qualités de Firewatch, tant dans leur écriture que dans leur interprétation. Les répliques sonnent justes, peu importe le ton de la conversation. Si, au début, les échanges entre Henry et Delilah seront plutôt drôles, les deux étant assez taquins, ils deviendront rapidement plus sérieux, voire graves et intimistes. C’est par ces dialogues que le jeu avancera, qu’on en apprendra plus sur les personnages, que leur relation évoluera et qu’ils vivront les péripéties qui les attendent.

Human After All

Firewatch-Lac

Concernant ces péripéties, justement, je ne veux pas trop en dire mais je tiens quand même à avertir celui qui n’a pas encore joué à Firewatch (ATTENTION: si je ne vais pas spoiler directement, je vous déconseille quand même de continuer la lecture si vous tenez absolument à ne rien savoir du jeu): sachez que Firewatch est un jeu qui reste très humain. Ne vous attendez pas à des gros coups de théâtre spectaculaires ou paranormaux, vous risquerez d’être déçus. Ce n’est absolument pas le propos du jeu, ses ambitions sont beaucoup plus terre-à-terre et se concentrent avant tout sur les épreuves que traversent les personnages. La « révélation » finale se révèle même être anti-climatic sans pour autant être décevante. et c’est voulu: en jouant avec nos habitudes de joueurs habitués à des scénarios grandiloquents, le retour à une réalité plus crue se révèle être surprenant et d’autant plus marquant.

Firewatch est avant tout un jeu narratif. Son but premier n’est pas son gameplay, mais de se servir du média jeu vidéo pour raconter une histoire. Une histoire humaine, où chaque personnage essaye tant bien que mal de fuir ses démons. La forêt de Shoshana leur sert d’échappatoire pour oublier l’abandon de l’être aimé. Vous vous souvenez des choix à faire lors de l’introduction ? Chaque choix nous met face à une situation où Henry évite les problèmes et « abandonne » sa femme. Ce n’est pas pour rien qu’elle est chez sa famille en Australie pendant qu’Henry essaye de se vider l’esprit au Wyoming. L’histoire de Delilah est certes différente, mais dans le fond on retrouve les mêmes thèmes. Idem pour d’autres personnages que je garderai secret dans cet article. Firewatch reste attaché à ses thèmes tout du long, dans son écriture comme dans sa construction. C’est un jeu qui, après l’avoir fini, continue à rester avec vous dans vos pensées. Y rejouer une deuxième fois est d’ailleurs une excellente occasion de mieux le comprendre, et d’en saisir les nombreuses subtilités.

Firewatch-Forêt

Firewatch est un jeu à part, utilisant le jeu vidéo comme moyen de raconter une histoire humaine et riche. Via ses personnages, son écriture toujours juste et ses acteurs convaincants, Firewatch offre une aventure narrative solide, qui gagne à être parcourue d’une traite. Le gameplay est juste là pour porter les ambitions narratives du titre, tandis que l’aspect visuel au charme indéniable participe à la sensation de s’échapper… jusqu’à ce que la réalité finisse par nous rattraper.
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Dehell

Si j'étais un animal, je serais une chouquette. ID Steam : Daminou Dehell / Twitter : @DaminouDehell

Un commentaire

  1. Avatar

    Je suis en plein dedans mais j’ai peur, je viens de passer le jour 77 et quand je regardes les trophées c’est le 4 ième sur 5, j’ai peur d’être déjà à la fin.

    En tout cas j’ai été happé par l’histoire et le jeu, je déteste heavy rain et les « until dawn » like on est trop spectateur. Là on l’ait aussi mais on le ressent bcp moins je trouves ! Au final je suis complétement satisfait de mon expérience avec ce jeu et le recommande à d’autres.

    Quand au fait que le jeu soit 100% english ne posent pas de problème, pas besoin d’être un expert en anglais ^^

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