Mario Odyssey : (é)motion gaming

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Vous le savez, la Switch c’est ma grande passion. Zelda BOTW à sa sortie, Splatoon 2 pendant l’été et la pléthore de petits jeux en piquecellarte entre chaque grosse sortie me donnent l’impression d’être chez mon Chinois préféré. Bienvenu aux Mille Chibres du Dragon, menu buffet à volonté.

Cette semaine, c’était au tour de Mario Odyssey de nous régaler. Beaucoup l’attendaient, certains par intégrisme religieux, d’autres pour voir s’il était à la hauteur du dernier Zelda. Boudeur que je suis, je ne l’attendais pas. Mon expérience avec Mario avait débuté quand j’étais gamin, chez une copine, on pensait que le premier drapeau (qu’on galérait à atteindre) était la fin du jeu. J’étais pas fan, Mario et son frère « Lugui » étaient trop lourds et c’était vite chiant. Et puis y’avait Patlabor chez Dorothée l’apres-midi. Et puis je préférais Métroid que j’avais chez moi, y’avait des secrets, c’était moins con.

J’ai fait Super Mario World plus tard, je crois que c’était Zbi qui me l’avait prêté. Je l’avais terminé à l’époque, mais sans y voir une pierre angulaire du jeu vidéo. Et puis je préférais Street Fighter 2 que j’avais chez moi, y’avait des techniques, c’était moins con.

Rêvant de Zelda sur Nintendo 64, j’ai eu la curieuse idée d’en demander une à mes parents. Arras-Lille pour en trouver une à l’époque. Je me rappelle encore de l’excitation. Et cette fois, obligé de jouer à Mario, car les magazines m’avaient vendu du rêve. Que j’ai eu, on va pas déconner, le jeu donnait encore du plaisir à être refait. 120 étoiles par-ci, 120 par-là. Il était unique. Pas un pour lui arriver à la cheville.

Du coup, et même si j’avais galéré à avoir des jeux pour ma N64, je suis passé à la Gamecube par la suite. Mais j’allais bientôt toucher au PC, avec Morrowind notamment… J’ai eu Mario Sunshine, sans trop de plaisir. Et puis dans Morrowind les objets restaient là où on les avait posés, même après avoir éteint la machine, c’était moins con.

Je me suis alors détourné des consoles de salon de Nintendo. Mon intérêt pour la firme se tourna vers les portables, souvent pour les éditeurs tiers. Et ma relation avec Mario a pris la forme de celle qu’on entretient avec une ex d’adolescence : on prend des nouvelles par internet mais on y retourne pas.

Entre-temps, j’ai eu une fille. Et pour elle, Mario c’est le kiffe. Voulant tester son skill au jeu vidéo, je lui ai fait jouer à Mario 3D world. Réussite totale. Merci le Tanuki blanc et les costumes. D’ailleurs ce jeu s’appelle « Mario-Chat » pour elle.

Fatalement,  elle a eu envie de jouer à « Mario-Chapeau » (Odyssey donc) avec Papa sur la Switch. Et comme un jeu de merde lambda devient fantastique quand on joue avec ses gosses, je l’ai donc pris. De plus, c’est du Nintendo, je n’ai pas pris de risque.

Une pincée de sucre

Bon, c’est une grosse claque. Bien lourde. Et sur internet les gens le disent. On retrouve plus ou moins les poncifs habituels qui accompagnent la sortie d’un Mario de salon… Mais comme je suis feignasse je vais copier/coller ici ce qu’il se disait de Mario Sunshine sur Gamekult en changeant le nom du jeu :

« Difficile de prendre la succession d’un Mario 64, mais ce nouveau titre de l’homme à casquette relève le défi de main de maître, en reprenant beaucoup des recettes de son prédécesseur et en y ajoutant des ingrédients de son cru. [La casquette] apporte beaucoup, étonnamment, et [elle]s’intègre au gameplay assez rapidement, pour vite devenir indispensable. Une première demi-heure décevante, des problèmes de caméra, un léger effet de flou et quelques choix douteux de design visuel viennent ternir ce bilan idyllique, mais on les oublie vite au vu du reste. Techniquement superbe, long et varié, [Mario Odyssey] honore [la switch]de son [deuxième] vrai titre incontournable et seuls les réfractaires indécrottables du plombier moustachu sauront résister. Pas aussi révolutionnaire que Mario 64 en son temps, mais excellent tout de même. »

Test à retrouver ici.

Voilà, rien d’étonnant. On retrouve du Nintendo qui fait du Nintendo en essayant de gommer ce qui déplaisait avec le jeu précédent. Et comme je cite Gamekult, mention spéciale à Puyo avec son test récent qui a su mettre le doigt sur ce qui changeait. Enfin presque, à mon sens…

Une pincée de sel

Odyssey tente de faire une synthèse, entre les petites histoires découlant sur l’obtention d’une étoile de Mario 64 (ou Mario Sunshine), et la volonté de plonger le joueur dans la sensation du semi-open world. Le joueur suivra donc une trame principale dans chaque niveau, une courte histoire dont la complétion offrira une multilune (comptabilisée comme trois lunes, l’équivalent symbolique des étoiles de Mario 64) mais pourra s’écarter de cette histoire et partir à la découverte d’étoiles uniques, bien ou pas cachées.

Et je rejoins de nouveau l’ami Puyo sur la toute petite erreur de Nintendo, qui a voulu en faire de trop. Car en mettant 4 à 5 fois plus d’étoiles que dans l’épisode de la N64, les devs se sont retrouvés dans la situation d’offrir quelques dizaines d’étoiles quasi-gratis : après un saut semi-banal, après avoir péché un gros poison, après les avoir achetées dans les magasins du jeu (oui, ça va jusque là).

Et c’est un véritable bémol qui impacte directement le rapport qu’on a au jeu. Puyo a raison sur ce point. J’ai mis deux ou trois heures à rentrer dans ce que Big N me proposait.

Ajoutons à ça la sensation massive de patchwork que donne le jeu : tel stage monochrome, tel stage coloré, tel stage avec des graphisme élaborés, tel stage avec des graphisme simplissimes, tel stage grand avec des espaces vides, tel stage petit mais condensé… Et si l’on y ajoute la tentative de buzz sur certain mouvements réalisables uniquement en motion gaming… On y perd clairement son latin.

Du moins jusqu’à ce qu’on arrive à l’une des séquences finales du jeu.

Beaucoup d’amour

Car on peut en rester là, Mario Odyssey fait preuve d’écueils qui le mettent en deçà de la perfection. Compter une dizaines d’heures pour faire l’histoire et basta. On attend la sortie de Xenoblade 2.

Sauf que non, c’est impossible, quelque chose est différent dans ce Mario ! Il n’y a qu’à tendre l’oreille. Il faut écouter les paroles !

Vous le savez, certaines musiques y sont chantées. « Jump up superstar » par exemple, chantée par le personnage de Pauline qui nous invite dans une nouvelle « romance » avec le jeu. Les paroles sont mêmes inscrites dans la boite de la cartouche.

Remise en contexte, cette chanson intervient en milieu d’aventure, dans une séquence mémorable de célébration du gameplay. Une séquence dont on a l’habitude qu’elle apparaisse à la fin normalement. Mais alors pourquoi au milieu ?

A mon sens, elle sert à offrir une caisse de résonance à la deuxième chanson du jeu : qui intervient à la toute fin (ainsi, puisque nous avons déjà festoyé avec Pauline, la fin aura un autre sens). Je ne vais pas vous spoiler la séquence, mais vous serez surpris. Je ne vais pas vous donner le titre de la chanson non plus, ça vous en dirait trop. Mais une fois que vous aurez vu, écouté, joué… N’oubliez pas d’écouter le message !

J’en ai fait une traduction maladroite : ne lisez pas avant d’avoir fait la séquence finale. SPOILER ALERT.

Smash through the blocks that bar your way
No time for fear, just let it all fall away (all fall away)
Nobody believes in me and you, just look at the way they stare
So what if we live in a wrongdone, as long as I’ve got you then I don’t care
Kick up the wall and take the plunge
Shifting through two dimensions
Up on the moon, we’ll heal each other’s wound
Just lead the way (I follow you)
I’ve put my hand in the ring ’cause you’re the one
A miracle in three dimensions
Follow the brick path straight to my heart
And we’ll grab a plan together
The fireworks are gonna start

Shake off the chains, you’re running free
You’ll be amazed at all that there is to see (there is to see)
Together we were racing for that goal
No one can stop us now
Maybe we don’t know where we’re going
But we’re gonna get there somehow
Climb up the vine and in the clouds
Maybe then swap up the down
Cross the sea, we’re still you and me
Above you (just hear me)
You got me over the moon and that’s no jest
We rose above the rest
‘Look in your eyes and I know we’ll be fine
So let’s shoot for the stars and make this love really shine

Et qui chante cette dernière chanson ? Pas la même chanteuse qu’avant… Et quel est le message ?

Vous le savez implicitement, puisque vous avez déjà vu les costumes de Bowser et Peach. Maintenant, il suffit de répondre à ces questions : qui est Mario (qui le contrôle) ? Et donc, à qui s’adresse le morceau ?

Ainsi, lors de cette dernière séquence de gameplay, Nintendo nous demande en mariage et affirme son amour sincère pour nous, les joueurs. Nintendo/le chanteur déclare sa flamme au joueur/Mario. Et pour pouvoir nous faire cette demande, Nintendo nous a montré toutes ses facettes pendant 10 heures : sa créativité, sa science, sa générosité, ses hauts et ses bas. Il nous dit que ce qu’il peut faire est grand, ou petit, vaste ou ramassé, sombre et coloré, majeur et mineur.

Tout est sincère, et donc, forcément déroutant.

J’ai eu les larmes aux yeux en tentant de traduire les paroles, et j’ai compris que Nintendo avait ajouté un truc en plus qui a mon sens place Odyssey au dessus d’un Mario 64 : un propos. Tel un Kojima, la firme s’adresse à nous. Il exprime son amour et nous demande en mariage. Si le jeu déroute dans sa première partie « narrative » c’est bien parce que Nintendo veut nous mener quelque part. C’est un peu comme forcer votre dulcinée à prendre un dessert au restaurant, parce que vous avez demandé au serveur d’y cacher la bague (et que non, juste un café ce n’est pas possible). D’ailleurs une fois le message passé, le jeu se débloque, respire et ne déroute plus. On revient à du Nintendo pure gameplay.

Au final, Mario Odyssey est un Mario 64 trempé dans l’open world de son époque mais qui se pare d’une plus-value d’auteur. C’est un chef d’œuvre qui, désireux de se montrer humain, ne peut avoir l’écueil d’être parfait et doit se montrer tel qu’il est.

Moi qui croyais me remplir le ventre au Chinois, j’ai eu la surprise d’un savoureux repas en famille.

So let’s shoot for the stars and make this love really shine

Et vous oseriez refuser une si belle demande ?

 

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A propos de l'auteur

Kich

Psychologeek, caca gamer et PCiste compulsif opprimé par l'erreur 37 !

Un commentaire

  1. Monsieur Mazure sur

    Bien joué Kich !!
    tu m’as donné envie d’acheter ce jeu.. faudra donc que je choisisse entre Mario Odyssée de BF2 pour le prochain mois… Dur !

    je vous suis depuis 3 ans et pourtant je sais que vous avez pu être têtu dans l’équipe concernant la Switch.
    Ravis donc de lire un bel article, qui donne du sens à ton ressenti personnel, j’en attendais pas plus !

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